Décrire les formats d’un genre grâce aux humanités numériques : le nombre de pages des récits d’anticipation (1880-1940)
Yoan Vérilhac
La construction d’une base de données comme la base « Anticipation » permet de décrire le genre selon de nombreux angles, et notamment celui de la longueur des récits : romans et récits courts sont distingués, et les textes répertoriés, de leur première version à leurs dernières rééditions, sont associés à un nombre de pages. Peut-on, dès lors, envisager de décrire les formats du récit d’anticipation au moyen des humanités numériques ? De ce point de départ découle une réflexion de méthode sur la notion de « format » qui, naturellement appliquée à la culture sérielle pour désigner la dimension marchande, fragmentable et recomposable des œuvres, s’avère d’une complexité bien plus grande qu’on ne peut s’y attendre a priori.
L’anticipation en images : illustration, stratégies éditoriales et généricité
Delphine Gleizes
La littérature d’anticipation se trouve le plus souvent associée à la créativité débordante d’un imaginaire très visuel. De plus, ces images ont aussi une présence concrète tant elles accompagnent le déploiement du genre à partir du xixe siècle, que l’on songe aux célèbres cartonnages Hetzel ou aux illustrations dans la presse de vulgarisation scientifique. L’illustration est en effet partie prenante du dispositif iconotextuel qui sert la construction médiatique du genre. Le recours aux statistiques de la base de données « Anticipation » doit permettre, via une approche quantitative, de conforter cette hypothèse. Cet article visera donc un double objectif : d’une part, d’un point de vue méthodologique, mettre en lumière l’utilisation qui peut être faite des statistiques de la base « Anticipation » en matière d’illustration des éditions considérées et d’autre part contribuer à une meilleure connaissance des rapports de la littérature d’anticipation à l’image illustrée. En proposant un tableau assez complet des usages de l’illustration, la base permet d’identifier le rôle joué par l’image dans les stratégies éditoriales de 1860 à nos jours. Ce faisant, les données offrent également des éléments pour mieux comprendre les mécanismes de réception de la littérature d’anticipation tout en cernant et en différenciant les lectorats visés.
Usages buissonniers des humanités numériques : la représentation des femmes, entre invisibilisation et visualisations
Christèle Couleau
La base de données de l’ANR Anticipation et son moteur de recherche avancée peuvent être considérés comme un dispositif de lecture collaborative, qui permet dans un premier temps au visiteur curieux de « ne pas lire » le corpus qu’il y explore. À côté des procédures prédéfinies qui le guident dans cette exploration et automatisent la création de visualisation, il peut inventer des usages buissonniers lui permettant d’explorer de manière plus personnelle les informations mises à sa disposition. Ce principe est mis au service d’un questionnement centré sur la représentation des femmes, permettant de quantifier leur présence dans leur corpus, d’interroger leur pratique de la science, leurs activités professionnelles, de mettre en lumière les stéréotypes caractérisant leurs incarnations fictionnelles, et de réfléchir à leur place dans les sociétés imaginaires décrites dans le corpus. La dimension heuristique de l’analyse des données permet ainsi d’expliciter les processus d’invisibilisation à l’œuvre et de déterminer les récits qui les propagent ou au contraire y résistent.
« La grammar e l’arte of sprichablar y scribir correctement » – exploration exolinguistique de la base de données « Anticipation »
Amélie Chabrier
Cet article se propose d’explorer la base de données « Anticipation » pour établir un corpus et partir en quête de langues imaginaires dans les récits d’anticipation des années 1860-1930. Existe-t-il des conlangs, comme dans les fictions audiovisuelles contemporaines et comment sont-elles fabriquées ? Comment apparaissent-elles dans le récit, peut-on parler de « paradigme absent » dans ces textes et pour quels effets ? Enfin quel rapport ces textes entretiennent-ils avec la linguistique naissante et « l’actualité linguistique » médiatique en général ?
Littérature d’anticipation et science-fiction : quelle filiation ? Un éclairage phraséologique sur corpus
Olivier Kraif, Iva Novakova et Julie Sorba
Notre étude interroge la filiation entre la littérature d’anticipation (1862-1931) et les romans de science-fiction contemporains (1952-2014), en utilisant de manière inédite les outils de la linguistique de corpus puisque la caractérisation des sous-genres romanesques passe traditionnellement par l’analyse thématique du lexique ou bien par la distinction des régimes de lecture. Ainsi, nous proposons de repérer des constructions lexico-syntaxiques récurrentes, statistiquement significatives, et non plus seulement en termes d’univers de référence ou de style individuel d’un auteur. Nous formulons l’hypothèse qu’étudier les unités phraséologiques spécifiques aux romans d’anticipation et de science-fiction dans une perspective diachronique permettra de voir s’il est possible d’établir une filiation entre les deux sous-genres romanesques. Notre exploration des corpus permet de les comparer deux à deux, en synchronie et en diachronie, pour en extraire les spécificités respectives : quelles sont les spécificités des romans d’anticipation par rapport à celles des romans de la même époque ? celles des romans de science-fiction par rapport à celles des romans qui leur sont contemporains ? quelles sont les spécificités des romans d’anticipation par rapport à celles des romans de science-fiction ultérieurs ? et inversement ?





